LE CERF ET LES CROISEMENTS

Un des sujets le plus émotionnel pour l’avenir du cerf constitue la possibilité de se croiser avec d’autres espèces de la famille des cervidés. Dans le courant de la seconde moitié du XIXème siècle, l’homme favorisa les croisements entre cervidés pour tenter de développer des hétérosis dont la ramure devait être beaucoup plus développée que le cerf indigène.

Vers le milieu du XIXème siècle, le cerf avait quasi disparu dans beaucoup de régions d’Europe occidentale. Pour y remédier, les législations cynégétiques devienrent plus sévères dans l’espoir de rétablir la situation. Certains chasseurs, par contre, pour y remédier lorgnèrent vers l’Amérique du Nord : ses troupeaux de bisons dans la prairie et ses cerfs aux grands bois. En Europe, le cerf se développa progressivement dans divers grands massifs forestiers ; il paraissait en comparaison des américains complètement dégénéré. En outre, ces jeunes cerfs furent comparés aux trophées anciens de grands cerfs exposés dans certains châteaux. La situation était semblable dans la pluplart des pays européens suite aux modifications législatives issues de la Révolution française.

L’importation de cerfs des Carpathes, d’Asie centrale ou d’Amérique du Nord devait permettre d’augmenter la qualité du cerf local. L’épidémie d’apport de sang nouveau n’épargna guère de parcs d’élevage. Les éleveurs croisèrent les cerfs élaphes, wapiti, maral et de l’Altaï pour obtenir des trophées plus imposants. Les éleveurs de l’époque attachaient une grande importance au trophée. D’ailleurs des règles furent édictées pour décrire les bois recherchés. Les aspects biologiques et éthiques de la chasse ne jouaient aucun rôle dans la gestion de l’espèce. Lors de la sélection des grands trophées, les éleveurs ne pouvaient imaginer que ces animaux s’adapteraient mal au milieu sauvage avec très peu de chance de se reproduire. Ainsi remis en liberté ces beaux sujets furent souvent mortellement blessés par des rivaux locaux d’un gabarit nettement plus faible. En outre, la plupart des descendants de ces croissements furent écartés des places de brâme lors de la reproduction. De plus, certains individus lâchés directement ou issus de croissements succombérent suite à des maladies. Les animaux les plus sensibles étaient issus de croisements avec le wapiti. Les cadavres analysés par vétérinaires révélèrent la présence de pierres au niveaux des reins.

Ces introductions d’animaux directement dans la nature ou croisés avant furent une erreur grossière quant à l’éthique de la chasse au cours de la seconde moitié du XIXème siècle.

Au début du XXème siècle, un éleveur anglais du Kent à mis en évidence la possibilité de croisement entre tous les cervidés avec production d’une descendance fertile. Les animaux de première génération donnent des résultats supérieurs aux géniteurs. Les chercheurs de l’époque parlaient, au début, de retour vers les trophées géants de la préhistoire (Weigl, 1997). Très rapidement, tous ces essais arrivèrent à la conclusion qu’après peu de générations, la forme et le développement des trophées diminuent fortement. Le trophée dépend des facteurs comme l’alimentation et l’âge.

Dès les années 1920, des essais d’affouragement montrèrent clairement que les ressources alimentaires constituent un des facteurs primordiaux avec l’âge du développement du trophée. Les cerfs actuels ont le même potentiel génétique que les cerfs anciens pour autant que l’homme lui donne la possibilité de l’affirmer (Miller, 1999). Ainsi les cerfs considérés comme dégénérés dans les landes tourbeuses des Highlands écossaises d’un poids de 80 kilos deviennent après deux générations en Nouvelle-Zélande des cerfs dépassant les 200 kilos, sans apports (Weigl). Le même phénomène fut observé lors de l’introduction de cerfs allemands en Argentine au début du siècle dernier.

Le gestionnaire actuel des populations européennes doit savoir que le matériel génétique n’est pas garanti à 100 % car des cerfs américains furent importés vers le milieu du XIXème siècle. Actuellement l’hybridation n’est plus pratiquée. En pleine liberté les croisements apparaissent naturellement dans les territoires ou deux espèces de cervidés cohabitent. En Europe, le cerf élaphe s’hybride facilement avec le sika ; dans la taïga asiatique le cerf isubra se croise avec le sika au point que les chinois accorde une certaine valeur à l’hybride. Dans l’Ouest américain et canadien le cerf mulet se mélange avec le cerf à queue noire et ce dernier avec le cerf de Virginie. Aux Etats-Unis et au Canada, le cerf élaphe introduit se croise avec le wapiti. L’hybridation devient tragique lorsqu’une population de lignée pure risque de s’éteindre suite à des conditions environnementales extrêmes.

(Extrait du livre « Le cerf : comportement, biologie et gestion » de Dr. Roger FICHANT à paraître en octobre 2003 aux éditions « Le Gerfaut »)